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Dimanche, février 27th, 2011

La rue de Charonne est une rue très rapide à vélo, surtout si tu l’empruntes dans le sens de la descente.
J’étais donc dans le sens de la descente. Pas très loin devant moi j’aperçois au bon milieu de la chaussée une bande de pigeons en train de se partager un reste de kebab abandonné, dégoulinant de sauce samourai et débordant de frites jaune fluo.
Les cinq pigeons se battent pour attraper les meilleurs morceaux, ne sachant pas eux-mêmes s’il s’agit plutôt de la frite couleur maïs, du pain des blés ou de la très renommée mixture tomate-salade-oignon.
Alors que ma roue avant, telle une lame de katana, se rapproche dangereusement du groupe de prédateurs, j’essaie de prévenir les innocents de ma présence :
« rouuuuuu, rouuuuuuu, rouuuuuuu » laissé-je echapper en langage pigeon (trad. litt. « dégagez de la rouuuute, putain! »)
La rue encombrée ne me laisse d’autre alternative que de foncer tout droit dans le paquet, qui commence à s’éclaircir alors que les pigeons se débattent pour s’échapper avec une partie du larcin qu’ils se refusent à abandonner.
Quatre pigeons s’envolent finalement juste devant ma roue lancée à un bon 35km/h, réalisant sans-doute que la vie vaut plus qu’un kebab sauce samouraï. Le cinquième s’aperçoit soudain qu’il est tout seul et, croyant à sa supériorité sur ses congénères qu’il a finalement réussi à chasser de sa proie, mord pleinement dans le pain et tente un décollage d’urgence. Le pauvre…
Sans-doute le plus jeune des cinq, il n’aura pas bien calculé le temps nécessaire au décollage forcé avec kebab au bec.
Je me souviens encore de l’image du pigeon face à moi, les ailes écartées battant le vent avec ce regard (il faut extrapoler un peu) d’abord empli de fierté d’avoir remporté la bataille du kebab, puis se melant de doutes alors qu’il comprenait que son embonpoint allait lui être fatal, quand ma roue coupait finalement court à ses pensées pigeonnesques…
Crouik, en plein sur la tête. Pauvre pigeon. Et pauvre de moi, c’est pas bon pour le Karma.
Quand je me suis retourné, il avait la tête plate, fondue dans la sauce samourai, les ailes encore déployés vers le ciel qu’il n’atteindrait jamais.

Sa dépouille laissera une empreinte encore quelques jours sur le sol, avant que les corbeaux et les rats ne finissent d’en effacer le souvenir à jamais, sauf dans ma mémoire.

J’en suis venu à me demander combien d’oiseaux étaient écrasés chaque jour par nos monstres d’acier. 1000, 10000, 10000 ? J’ai eu le malheur d’en écraser un même si je prend le soin de les éviter chaque jour quand je roule dans Paname. Alors imagine les voitures… (voir photo jointe…)

Adieu pigeon, mon ami.

Je terminerai avec ce merveilleux poème tiré de ce film devenu classique « C’est arrivé près de chez vous » (cours à ton vidéo club si tu n’as pas encore vu) :

« Pigeon
Oiseau à la grise robe
Dans l’enfer des villes
A mes yeux tu te dérobes
Tu es vraiment le plus agile »